Selon la psychologie, ceux qui ont grandi dans les années 60 et 70 ont développé une force mentale qui disparaît aujourd’hui : savoir supporter l’ennui

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Dans un quartier résidentiel paisible, un garçon de 9 ans fait traîner une branche sur l’asphalte chauffé par le soleil. Pas de télévision allumée, pas de tablette entre les mains, seulement le bruit lointain des tondeuses à gazon. Il s’ennuie. Il observe les nuages, remue les petits cailloux, regarde les fourmis avancer. Personne ne vient immédiatement le divertir. Personne ne lui propose un dessin animé, un jeu vidéo ou une application pour passer le temps. Alors, presque naturellement, il transforme une vieille boîte à chaussures en jouet, puis invente une histoire, puis imagine tout un univers.

Nous avons tous connu ces moments où les minutes semblent interminables et où l’on consulte l’horloge toutes les cinq minutes. Pour les enfants des années 60 et 70, ce vide faisait partie du quotidien. Il n’y avait ni notifications permanentes, ni playlists sans fin, ni vidéos courtes à faire défiler jusqu’à l’épuisement. Il y avait simplement de longues après-midis qui semblaient durer une éternité. Et quelque chose s’est développé dans cet espace silencieux. Une ressource psychologique précieuse que l’on comprend aujourd’hui de mieux en mieux. Une capacité qui semble devenir plus rare dans notre quotidien moderne.

Pourquoi savoir supporter l’ennui constituait une véritable école mentale

Dans les années 60 et 70, l’ennui n’était pas considéré comme un problème à résoudre : il faisait simplement partie du paysage. On attendait le bus, le retour des parents, l’heure du repas ou le début d’un film à la télévision. Il n’existait pas toujours quelque chose à faire pour occuper chaque minute. Il fallait donc composer avec ses propres pensées et avec ce qui se trouvait autour de soi. Les enfants apprenaient à regarder dehors, à observer les détails, à laisser leur imagination vagabonder et à rester quelques instants sans stimulation immédiate. Aujourd’hui, cette aptitude peut presque sembler extraordinaire.

Nombreux sont ceux qui racontent ces longues périodes d’ennui avec une précision étonnante. Un homme de 63 ans raconte, par exemple, avoir passé « trois étés de suite à regarder simplement les trains passer » depuis un pont. Certaines recherches consacrées aux générations ayant grandi avant les années 1980 suggèrent des différences dans la manière de vivre l’attente, le temps vide et la stimulation numérique par rapport aux générations ayant grandi avec le smartphone. Cela ne signifie pas que ces personnes étaient nécessairement plus heureuses ou plus sages. Elles avaient simplement une relation différente avec le temps. Elles étaient parfois plus patientes, plus habituées à attendre, parfois plus résignées, mais aussi capables de trouver seules de nouvelles occupations.

Les psychologues utilisent notamment les notions de tolérance à la frustration et de contrôle attentionnel. Lorsqu’un enfant dispose régulièrement de moments où rien ne vient l’occuper, il apprend progressivement à créer lui-même une activité mentale. Il peut développer cette capacité à rêver, à associer des idées, à se souvenir, à imaginer et à réfléchir librement, souvent associée au fonctionnement du « mode par défaut » du cerveau. Les générations des années 60 et 70 ont expérimenté ce type de moments pendant d’innombrables heures, sans même lui donner un nom. Là où une personne habituée aux écrans peut chercher immédiatement une nouvelle stimulation dès que l’inconfort apparaît, elles avaient davantage l’occasion de composer avec le vide. Cette expérience répétée pouvait favoriser la patience, la prise de recul et une certaine résistance aux périodes de faible stimulation.

Ce que nous avons perdu… et comment retrouver une partie de cette capacité

Il n’est évidemment pas nécessaire de ressortir les anciennes technologies ou de couper définitivement Internet pour reproduire cette époque. En revanche, il est possible de recréer volontairement de petites périodes sans stimulation. Une approche très simple consiste à s’accorder 15 minutes de vide chaque jour : aucun téléphone, aucune musique, aucun livre. Seulement une chaise, un banc, une promenade ou un trajet sans écouteurs. On laisse les pensées apparaître et disparaître, même si cette absence de stimulation paraît étrange au départ. Ce n’est pas une séance de méditation guidée, mais simplement un moment volontairement non rempli, inspiré de cette lenteur autrefois ordinaire.

Notre grande difficulté actuelle est de vouloir combler chaque seconde disponible. Nous consultons notre téléphone au feu rouge, dans l’ascenseur, dans une salle d’attente ou entre deux tâches. Les petits espaces de respiration ont progressivement disparu de nos journées. Soyons honnêtes : peu de personnes se réveillent le matin en pensant « aujourd’hui, j’aimerais m’ennuyer un peu ». L’ennui peut déranger parce qu’il laisse remonter des pensées que nous préférons parfois repousser. Pourtant, ces moments moins remplis peuvent aussi permettre aux idées de se clarifier, aux décisions de mûrir et à certaines prises de conscience d’apparaître.

Certains psychologues résument cette capacité développée par les générations précédentes avec une formule simple :

« La capacité à tolérer l’ennui ressemble à un muscle psychologique : lorsqu’on cesse de l’exercer, elle finit par s’affaiblir. »

Pour commencer à le renforcer, quelques habitudes simples peuvent être utiles :

  • Boire son café sans téléphone, simplement en observant ce qui se passe autour de soi.
  • Faire un trajet habituel sans écouteurs et laisser les pensées suivre leur propre chemin.
  • Laisser les enfants connaître l’ennui sans leur proposer immédiatement une activité ou un écran.
  • Prévoir une soirée chaque semaine sans séries, réseaux sociaux ni notifications.
  • Accepter certaines soirées « ordinaires » sans ressentir le besoin de les rendre constamment divertissantes.

Aucune de ces pratiques n’est magique. Soyons réalistes : nous finirons tous par retourner vers nos écrans. Mais ces petites parenthèses de vide peuvent recréer une atmosphère intérieure qui rappelle davantage celle vécue par les enfants des années 60 et 70. Une lenteur volontaire qui redonne un peu de profondeur à des journées souvent saturées de sollicitations.

Et si l’ennui redevenait une forme de richesse mentale ?

On entend souvent que le temps serait devenu notre ressource la plus précieuse. Ce n’est pourtant pas entièrement exact. Du temps, nous en avons encore, entre deux réunions, deux trajets en métro, deux rendez-vous ou deux épisodes d’une série. Ce qui devient réellement rare, c’est le temps qui n’est associé à aucun objectif, aucune notification et aucune stimulation. Les générations des années 60 et 70 n’avaient pas vraiment besoin de planifier l’ennui : il apparaissait naturellement. Nous devons désormais presque l’organiser pour lui faire une place. C’est l’un des paradoxes de notre époque.

Les personnes ayant grandi pendant ces décennies ne sont ni des modèles parfaits, ni des champions absolus de la patience. Elles ont simplement connu plus souvent l’attente, les silences prolongés et les moments où une maison pouvait rester calme sans télévision, podcast ou téléphone connecté. Cette familiarité avec la lenteur a pu contribuer à construire une forme de solidité mentale discrète, presque invisible, particulièrement utile lorsque les choses prennent du temps ou lorsque la vie impose soudain un ralentissement. À l’inverse, nous qui vivons entourés de notifications pouvons parfois ressentir un étrange vide dès que l’écran disparaît.

La véritable question n’est donc pas de déterminer si les années 70 étaient meilleures que notre époque actuelle. Elle serait plutôt de savoir ce que nous souhaitons transmettre aux enfants qui grandissent aujourd’hui. Voulons-nous leur offrir un quotidien dans lequel chaque moment d’ennui doit immédiatement être rempli, ou leur apprendre qu’il est possible de rester avec ce sentiment sans s’affoler ? Nous pouvons conserver les écrans, la rapidité, les technologies et les nombreuses facilités modernes, tout en réintroduisant une petite part de ce vide fertile. L’ennui n’est pas forcément un problème qu’il faut éliminer, mais un espace que l’on peut apprendre à habiter. Il peut même devenir une forme de richesse mentale. À chacun de choisir la place qu’il souhaite encore lui accorder.

Point essentielDétailValeur ajoutée pour le lecteur
Force mentale des années 60-70Habitude quotidienne de vivre avec l’ennui, la lenteur et l’attente sans stimulation permanenteComprendre pourquoi cette génération a souvent développé une relation différente avec la patience et la résilience
Muscle de la tolérance à l’ennuiDes périodes régulières sans occupation immédiate peuvent favoriser créativité, attention et tolérance à la frustrationApprendre à considérer les moments de vide comme des occasions plutôt que comme des problèmes
Pratiques concrètes à adopterCréer des moments sans écran, laisser les enfants s’ennuyer et accepter volontairement certains temps mortsRetrouver progressivement davantage de calme intérieur et d’autonomie mentale au quotidien
Mia

Rédactrice de contenu créative et passionnée, elle adore transformer les idées en histoires claires et captivantes. Elle écrit des articles de blog et des articles de fond qui touchent ses lecteurs. Elle veille à ce que chaque contenu soit bien structuré et facile à comprendre. Grâce à sa plume, notre marque partage des informations utiles et construit des relations solides avec son audience.

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